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VMF juillet 2001, n°188 - Voir la couverture du magazine
Serre de la Madone, à Menton, est "une oasis de fleurs, un paradis de couleurs et de parfums, à l'abri des collines environnantes et sauvages".

LOUISA JONES, écrivain
Photos Claire de Virieu/lnside

Menton, ville de la Côte d'Azur connue pour ses jardins magnifiques mais moribonds, connaît aujourd'hui une renaissance spectaculaire. Le plus beau de tous, Serre de la Madone, fut acquis en 1999 par le Conservatoire du littoral. C'est ici que le major Lawrence Johnston passait l'hiver entre 1924 et 1940, puis toute l'année entre 1948 et sa mort en 1958. L' été, il se consacrait à Hidcote Manor, son domaine anglais, devenu en 1948 le premier jardin pris en main par le National Trust. Aujourd'hui c'est le jardin le plus visité d'Angleterre cent mille visiteurs par an.

Serre de la Madone occupe un pan de colline en terrasses de 6,5 hectares, entre 60 et 150 mètres d'altitude à l'ouest de Menton. Le mot « serre » (masculin pour les uns, féminin pour les autres) évoque des montagnes, tout comme le mot « sierra ». Johnston connut ce site escarpé d'abord planté de vignes, d'oliviers, de citronniers et de bois de chênes verts. Ce lieu enchanteur avait cependant déjà été habité par un peintre et par une Anglaise, Lady Forres qui y cultivait déjà en 1924 un grand jardin en terrasse à la mode « sauvage » de William Robinson et « horticole » de Gertrude Jeckyll. La liste des pépinières azuréennes disponibles en 1924 fait d'ailleurs envie encore aujourd'hui.

C'est la romancière américaine Edith Wharton qui les fit découvrir à Lawrence Johnston. Mais ce fils de financier américain devenu sujet britannique fut aussi un chasseur de plantes émérite.
D' Himalayas et d'Afrique du Sud, il porta certains de nos trésors les plus appréciés aujourd'hui : le hypericum 'Hidcote' par exemple. À Menton, il prenait plaisir à cultiver des espèces peu rustiques en Angleterre. Hidcote imposa à plusieurs générations le modèle des « chambres vertes » en série, où une architecture fortement dessinée se prête à des tableaux savamment orchestrés de plantes rare et belles. À Serre de la Madone les terrasses de culture remplacent chambres, ayant aussi chacune son caractère propre tout en étant clairement délimitée. Dans les deux jardins, un axe central fournit une ligne de force qui permet d'infinies variations de part et d'autre.

À Serre, il s'agit d'un escalier reliant la villa à mi-colline, et le jardin d'eau six niveaux plus bas, sur une des terrasses les plus larges et ouverte reflétant le ciel. L'apogée du jardi n se situerait vers la fin des années 30. Ernest de Ganay, reçu par le major 1936, admire cette « oasis de fleurs, paradis de couleurs et de parfums, à l'abri des collines environnantes et sauvages." Serre de la Madone, commencé presque vingt ans après Hidcote, représente le style mûr de Johnston, décrit par Russell Page comme " libérédes cadres, hardi et inattendu " Johnston se plaisait à y établir de grandes coulées de bulbes, de vivaces ou d'arbustes - collections d'espèces rares - ponctuées par des plantes exotiques comme des oiseaux de paradis, lins de la Nouvelle-Zélande ou herbes de la pampa. En même temps, le terrasses de culture sont beaucoup plus ouvertes et liées au paysage des alentours que les chambres vertes de Hidcote, et Johnston savait bien en tirer le meilleur parti.
C'est justement le paysagiste Gilles Clément, spécialiste des jardins libres qui gère la restauration actuelle

. La Ville de Menton se charge de l'entretien, mais son administ est assurée par un comité de proprétaires de jardins privés, tous passionnés. Ainsi William Waterfield, du Célèbre Clos du Peyronnet, est conseiller botanique. Benoît Bourdeau, chef jardinier efficace et connaisseur, dirige une équipe de quatre personnes. Mais Johnston disposait de douze jardiniers...et ne recevait pas le grand public. Clément a donc imaginé un tourisme intelligent qui tient compte des années d'abandon et des contraintes actuelles. Il limite le nombre de visiteurs et permet la location du jardin à la journée pour des cours de peinture ou de jardinage, des concerts. Le jumelage avec Hidcote a été fêté en 2000 et la prestigieuse English Gardening School de Chelsea songe à y établir une antenne française...