Le principal enjeu de la restauration du jardin
Serre de la Madone est le respect du double intérêt du site : composition
des espaces et richesse botanique. Comme chacun sait, nous ne possédons
pas de plan de plantation du jardin de l'époque de son créateur.
Une restauration à l'identique n'est donc pas possible. Il n'empêche
que le jardin conserve de nombreuses traces qui sont autant d'indices
à une replantation respectueuse du lieu.
1- Restitution de la structure végétale du jardin voulue
par Lawrence Johnston.
Sur ce point, deux aspects sont à considérer :
- Le pourtour de la propriété. Renforcement des écrans existants
(côté nord pour dissimuler la présence des tours); ou remplacement
et adaptation de ceux-là (lié à l'élargissement de la route départementale,
Val de Gorbio);
- Le coeur du jardin. Reconstitution des haies de buis disparues
(dans les espaces formels du centre du jardin).
2- Maintien ou reconstitution de plantations choisies par
LJ.
Photos, témoignages et "plantes témoins" nous informent sur la
nature des plantations de certaines zones dans les années trente
(pivoines dans l'allée de César, deux planches consacrées aux
cactus et succulentes,...). Celles-ci sont reconstituées ou renforcées.
3- Choix de nouveaux végétaux dans l'esprit et le goût de
LJ.
* L'esprit novateur de LJ dans la composition des jardins l'a
conduit à créer des effets singuliers que nous devons retrouver
aujourd'hui:
plantations en masse par exemple.
* Par ailleurs, les années d¹abandon ont épargné de nombreux
arbres et arbustes du plus grand intérêt. Ces familles ou genres
de plantes devraient être confortès: Pittosporum, Podocarpus,
Camellia, Ceanothus, Oreopanax,...en évitant les moins rares,
les pestes végétales (certains mimosas) ou les moins adaptés au
climat de Menton (Magnolias, clématites).
* Introduction de genres nouveaux (ou ayant existé) pour leur
intérêt botanique (Bauhinia).
* Acclimater des végétaux ayant existé ou ayant été essayés
par LJ sans succès : gardénias, fougères arborescentes. Plantes
pour lesquelles les conditions actuelles sont plus favorables.
4- Renforcer les ambiances existantes.
Le charme fou du jardin étant en partie du aux ambiances fortes
caractéristiques de chaque endroit du jardin, il est important
de les respecter et de les souligner. Pour exemple, notons les
feuillages généreux, dont ceux des palmiers, devant la serre froide
au bas du jardin. Devant la villa, ce sont des arbustes parfumés
aux floraisons spectaculaires qui évoquent les pays exotiques,
comme l'Afrique du Sud, chère à LJ.
5- Positionner Serre de la Madone comme un lieu dynamique
et actuel.
* S'inscrire dans les missions d'un jardin botanique :
- Favoriser les espèces sauvages au détriment des cultivars et
hybrides horticoles.
- Sans chercher l¹exhaustivité, faire reconnaître comme collections
nationales, certains groupes de plantes déjà bien représentés
(Podocarpus, Pittosporum).
* Avoir des pratiques de jardinage réfléchies et volontaires
en matière d'économie en eau, de respect d¹évolution du jardin,
saisir l'opportunité de semis spontanés (Mahonia, amaryllis).
Les zones du jardin.
1-Le bas du jardin (ruban situé entre la départementale
et le chemin d¹accès intérieur).
Le bas du jardin peut se diviser en deux parties:
- L'entrée. Cette zone, voulue comme doublure de l'écran de cyprès,
comporte déjà de nombreux arbres à grand développement aux feuillages
neutres. Cet effet mériterait d'être conforté par d¹autres arbres
du même type (Podocarpus).
- La prairie d'oliviers. Cette séquence de la visite est très différente
de la précédente car plus ensoleillée et offrant des vues sur le
Mont Agel. L¹esprit prairie est conservé et renforcé par des plantations
en masse de bulbeuses: frésias et Scilla peruviana pour le printemps,
urginea maritima et sterbergia pour l¹été et l¹automne.
2- La partie basse (les jardins de collections, partie située
entre la Serre Froide et la piscine).
-La Serre Froide. Les 4 colonnes situées autour du bassin seront
regarnies de lianes. Dans la ruine de la serre déjà très romantique
des espèces de taille moyenne au feuillage luxuriant comme Trevesia,
Scheflera. Des broméliacées viendront en couvre-sol.
- La pergola. La culture de glycines et clématites est aujourd¹hui
difficilement envisageable compte tenu de l'ombre produite par
les grands arbres alentour. D'autres grimpantes moins connues
et mieux adaptées seront choisies (Tecomanthe, Anemopaegma...).
- La pergola supérieure (sous le jardin des platanes).
Les glycines seront conservées et les bignoniacées densifiées,
comme à l'origine. Cette famille offre un choix de fleurs spectaculaires
et intéressantes.
- Le boulingrin.
La replantation de buis à l'intérieur des compartiments du boulingrin
n¹est souhaitable que si ceux déjà en place sont réduits à une
taille plus petite (comme on peut le voir sur les photos anciennes).
3- Espace latéral : les collections autour de Casa Rocca.
Un projet de nouvel accès à la villa est à l'étude dans cette
zone.
- En lisière de propriété, un écran dense et haut et nécessaire
pour cacher les tours. (cyprès, conifères, grands viburnums asiatiques...).
- A droite du chemin montant, il y a quelques agrumes. Nous pensons
que ces plantations sont, soit les restes de parcelles achetées
par LJ et jamais aménagées, soit des introductions postérieures.
Il est fort probable qu'au fur et à mesure qu'il créait son jardin,Jonhston
remplaçait les agrumes par des plantes éxotiques.
Cette zone est caractérisée aujourd'hui par un échantillonnage
typique du paysage mentonnais. Agrumes certes mais aussi néfliers,
kakis, figuiers. L'intérêt de maintenir ce paysage là est multiple:
jonction du domaine avec le paysage immédiat de la vallée, contraste
avec les collections exotiques que l'on va découvrir dans le coeur
du jardin en traversant le second rond-point puis la Serre Chaude,
harmonie avec les autres végétaux déjà rencontrés sur le parcours,
en montant.
- Autour de Casa Rocca. Replantation de gardénias et plantation
de fougères arborescentes dans l'atmosphère humide et ombragée
de cette zone aujourd¹hui.
4- L'espace central.
- Les terrasses devant la villa. Le gazon sera conservé seulement
sur la planche la plus basse où il serait peu pratique de cultiver
autre chose. Les autres restanques seront plantées d'espèces exotiques
dans le thème de cet espace : protéa, hakea, bauhinia, erythrina.
- La terrasse aux bassins. L'installation de treillages par LJ
derrière le bassin des lotus avait pour fonction de mimer le volume
futur des haies et de cloisonner les espaces le temps que les
végétaux atteignent la hauteur désirée. C¹est une pratique courante
chez les jardiniers. Dans le cadre d'une restauration et dans
la mesure ou la plupart des haies sont en place il semblerait
plus judicieux de planter de grands buis là où ils sont manquants
afin de réaliser le projet voulu par LJ.
5- L'oliveraie ; pépinière et production.
Cette zone est inadaptée à rester une zone technique aujourd'hui
(problème d¹accès). La fonction de la partie du jardin occupée
par la zone de multiplication devra faire l¹objet d'un projet
définie avant restauration (présentation d'une collection de plantes
délicates).
L'oliveraie, très belle avec ses tapis de bulbes (chasmanthes
et amaryllis) sera conservée telle quelle ; les collections d'arbres
exotiques (dont magnolia delavayii) qui ponctuent cet espace ne
seront pas densifiées. Le grand talus surplombé par le belvédère
planté de céanothes sera enrichi de ce genre d¹arbuste californien
et accompagné d¹autres floraisons printanières (coronilles).
6- Les terrasses sud de la villa.
Ces deux terrasses seront replantées, après restauration, dans
un style intime, de plantes précieuses à voir de prês. Exemples:
pelargonium, aeonium,...
7- Le jardin des platanes.
Ce jardin clos, très caractéristique des chambres de verdure de
LJ a déjà été replanté de son quatrième platane dans le but de
retrouver la cohérence du dessin. Les quatre carrés étaient autrefois
plantés de tulipe clusiana et de pervenches. Les tulipes sont
replantées mais pas les pervenches pour pouvoir faire place à
des tapis d'annuelles spectaculaires - car traitées en masse -qui
renforceront l'effet de surprise de la pièce (cosmos,pois de senteur,...).
8- Les terrasses supérieures de la volière.
* Les terrasses ensoleillées.
Actuellement, ces planches sont plantées de furcraea, d'echium
et d'Acacia cultriformis. Cette atmosphère chaude et exotique
sera renforcée par des groupes plus importants des mêmes plantes
pour un effet de masse spectaculaire depuis le jardin, un paysage
sans entretien. La gamme de plante sera légèrement étendue: beschorneria,
yucca.
* La volière.
Bien qu¹appartenant à l'histoire du lieu la restauration de la
volière semble rester un sujet de controverse. Aussi grande soit-elle,
une volière reste une cage et le propriétaire du site a plus vocation
à les voir vivre en liberté. Par ailleurs, une volière représente
un coût de fonctionnement considérable.
Notre partenariat avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux,
laisse voir une solution de compromis. Il est tout à fait envisageable
de matérialiser l'emplacement de la volière pour montrer qu'elle
a existé (une ruine à la manière de la Serre Froide) et de planter
dans cette enceinte quantité d'arbustes à baies favorisant l'apparition
d¹espèces d¹oiseaux spontanés libres.
9- Le bois.
Dès cette année, le bois sera accessible, en visites guidées,
pour une présentation de la flore indigène. Si LJ n'a jamais considéré
le bois comme un espace aussi soigné que le jardin, il n'en reste
pas moins un prétexte à une promenade fort agréable. Des effets
de surprise ont étés créés notamment par la plantation d'arbres
exotiques à la croisée des chemins (Eucalyptus, callistemons,
pins des Canaries, chênes des Canaries...). Ce principe pourrait
être renforcé, sans exagération, pour marquer d'autres carrefours.
Les restanques situées sous l'allée des pins parasols constituent
un bon lien entre les terrasses de la volière et le maquis sauvage.
D'autres plantes du paysage mentonnais à la connotation agricole
trouveront là leur place: cerisiers à fleur par exemple.