Secret comme son créateur, le jardin de La
Serre de la Madone à Menton reste caché.
En retrait de la mer, à l'écart du tapage de la Côte d'Azur, la
deuxième et dernière œuvre de Lawrence Johnston est un monde à part.
Célèbre pour avoir composé à partir de 1907 Hidcote Manor dans les
Costwolds, la mecque des amateurs de jardins et de plantes, Johnston
était l'un de ces grands rentiers de la haute société américaine
que fascinait la culture du Vieux Continent.
Élevé à Paris et à Cambridge, il devint sujet britannique et, tout
naturellement, fut saisi par la très anglaise passion du jardin.
Délaissant la direction du domaine agricole que sa mère lui avait
acheté, il s'avéra le gentleman jardinier le plus audacieux et le
plus influent de son époque.
L'homme était pourtant particulièrement réservé. Il n'écrivait pas
et ne laissait guère les photographes fixer une image de lui-même
ou de ses inventions paysagères - ne dévoilant celles-ci qu'à un
cercle restreint d'amis et de connaisseurs.
Il reste l'un de ces inconnus illustres dont l'œuvre fait l'unanimité
et toute la gloire.
Son premier jardin doit sa célébrité à son rachat en 1948 par le
National Trust, un organisme soucieux de garder l'esprit de son
créateur et de le faire connaître.
Sa conservation et son ouverture au public permirent de très
largement diffuser aux amateurs des formes et des idées de
jardinage jusqu'alors réservées à quelques rares initiés.
On découvrit que ce jardin avait été pendant quarante
ans un véritable laboratoire où le Major Johnston avait
su combiner des structures traditionnelles inspirées de
l'art des jardins d'Italie et de France avec des plantations
débordant d'innovations : fleurissements en grandes tâches
monochromes pour les plantes herbacées, association d'arbustes
à fleurs de tailles diverses, oppositions des teintes de
feuillages dans les haies pour obtenir des marbrés…
Car Johnston avait progressivement acquis une connaissance
approfondie du monde végétal. Devenu un grand chasseur de
plantes, Johnston voulut acclimater les végétaux rapportés
de ses expéditions en Afrique du Sud et en Chine qui ne
supportaient pas le climat rude de Hidcote. Il acheta à
Menton d'anciennes cultures en terrasses dénommées La Serre
de la Madone.